| Accueil | Actualité | Bibliographie | Textes | Analyses | Entretiens | Articles de presse | Réponses à vos questions | Courrier |


Note de lecture de Cadou Loire intérieure

Ce texte est diffusé avec l'autorisation de Thierry Gillyboeuf.

Certaines parentés littéraires semblent couler de source, telle celle qui réunit en une même famille élue, René Guy Cadou et Jean Rouaud. L’auteur de Hélène ou le règne végétal serait ainsi une sorte de frère aîné de l’auteur des Champs d’honneur, qu’il aurait précédé sur les chemins de la mélancolique clarté. Tout rapproche ces deux poètes habités par la certitude de la beauté, qui s’adressent, à distance, comme des signes de reconnaissance.
Et c’est d’abord cette Loire intérieure, « zone indécise autrefois envahie par la mer », dont les roseaux et les alluvions dessinent la « géographie de poche » du poète. Sur son enfance, alma mater, veillent des dieux tutélaires, ses parents. Mais c’est trop tôt la rupture douloureuse d’avec cette plénitude de l’innocence, quand meurt la mère de Cadou, qui n’a que douze ans :

Je ne suis plus de mon enfance.

Vers inguérissable dont Mon enfance est à tout le monde serait comme le pendant. Et pour Jean Rouaud, il n’est plus possible d’éviter l’empathie et de songer, en filigrane, à ce père magnifique disparu un lendemain de Noël. Pour autant, il ne s’approprie pas Cadou mais parvient à l’habiter, et à nous révéler la grâce d’une œuvre au surgissement singulier.
Parce qu’elle eut très tôt le sentiment tragique de la vie, la poésie de Cadou « entame comme une sorte de compte à rebours ». Elle s’élève en une sorte de prière païenne qui rétablit la communion entre l’amour, la lumière, la beauté et ce qu’il y a de plus simple. Elle est la « bonne auberge » qui préserve le bonheur, fût-ce par le sacrifice :

La poésie n’est rien que ce grand élan qui nous transporte vers les choses usuelles.

La rencontre avec Hélène, l’« écoutée de l’ange » sacralisée par la ferveur de son amour, lui permet d’atteindre à cette osmose universelle où chaque minute décrète l’éternité. Transfigurant « le maigre inventaire de sa vie », son écriture atteint à une paix joyeuse où rayonne la voix solaire du « Poverello de Brière » :



Le temps qui m’est donné que l’amour le prolonge.

Cette évocation émouvante parce qu’émue de la vie en poésie du petit instituteur de Louisfert ne serait-elle pas pour Jean Rouaud, manière de composer une « autofiction » poétique ?

Thierry GILLYBOEUF.
[ haut ]