Le royaume Pyu, auquel les Chinois donneront le nom de Srîkshetra (Saint lieu, Terre fortunée) au VIIe s., est
regardé comme le précurseur de la nation birmane. Aux VIIe-VIIIe s., les deux grandes sectes du «Petit Véhicule» y coexistent. Plusieurs
sites ont livré de précieux renseignements sur une activité qui paraît se situer entre le Ve et le IXe s. [...] L'ancienne capitale Srîkshetra
(Thayekhitteya, ou Hmawsa) préserve en plus, d'intéressants monuments qui, en dépit de leurs dimensions modestes, annoncent les deux formules
qui se développeront à Bagan, lesstupa et les Temples. Les grands stûpa, cylindro-coniques et ogivaux, ne sont pas entièrement massifs. La sculpture, où l'on note
quelques images brahmaniques et mahâyâniques, relève d'abord de la tradition du Sud de l'Inde puis laisse apparaître celle du Nord-Est.
Le royaume Môn (Ramaññadesa, capitale Sudhammâvatî) par sa situation même, semble avoir été très tôt en relation avec l'Inde du Sud et le bouddhisme theravâdin y est attesté dès le Ve s. La longue activité de la contrée, conquise par le royaume de Bagan puis revenue à l'indépendance après la chute de celui-ci (Martaban, Pegu, fondée en 825) a amené la restauration et la modification de la plupart des édifices dont il est difficile d'imaginer l'état primitif, mais la sculpture trahit les mêmes influences successives que celles de Srîkshetra, avec des témoins comparables de la présence brahmanique. La Birmanie, le royaume de Bagan. Le site de Bagan semblerait avoir été
fortifié dès 849, mais ce n'est qu'à partir du XIe s., avec le siècle d'Aniruddha (1044-1077) que le royaume birman entre
véritablement dans l'histoire. Du point de vue de l'art deux périodes sont distinguées: la période
mône (1044-1113) où les Môns conquis par Bagan y introduisent leur culture et leur art, encore que la parenté
avec l'architecture pyu ne doit pas être négligée. Très active, l'architecture des règnes d'Aniruddha
et de Kyanzittha révèle l'influence mixte de la tradition locale et de l'Inde du Nord-Est (renommée du site de Bodh Gayâ):
édifications de nombreux stupa (cylindro-coniques, bulbés, de types singhalais et, surtout, à hautes et importantes
terrasses pyramidales) et de temples développant les formules de Srîkshetra (avec adoption fréquente des toitures à
sikhara et plans symétriques: Ananda). La période birmane (1113-1287): après une phase de transition (1113-1160)
où l'influence de la culture mône s'amenuise, elle est caractérisée par une évolution du temple vers les structures
étagées, avec salles et couloirs plus largement aérés que précédemment (Thatbyinnyu) et par le
développement de monastères résidentiels.
De la chute de Bagan à la fondation d'Amarapura (1287-1783). Après la prise de Bagan par les Mongols, l'art et l'architecture connaissent un long déclin jusqu'à la fin du royaume d'Awa (fondé en 1636) moment qui annonce la naissance artistique d'Amarapura et Mandalay. A Mingun, une pagode de dimensions considérables (elle devait atteindre 150 m de hauteur) est commencée à la fin du XVIIIe s. par le fondateur d'Amarapura (la «Cité des Immortels, des Dieux»). L'art d'Amarapura et de Mandalay (1783-1885) renoue, d'une part, avec la grande tradition de Bagan dont il copie les temples les plus illustres et développe, d'autre part, l'architecture en bois, d'une richesse et d'un raffinement extraordinaires (nombreuses destructions au cours de la seconde guerre mondiale). Les bois sculptés (statues et reliefs) dorés ou polychromés, représentent le meilleur de la tradition birmane moderne. A Yangon, fondée en 1755 sur le site ancien de Dagon, la pagode Shwedagon, constamment agrandie et embellie au cours des siècles, résume les tendances de l'art contemporain. |